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10.2.16

Le Bleu entre Le Ciel et La Mer


Auteur :  Susan Abulhawa
Traducteur : Nordine Haddad
Titre Original : The Blue Between Sky and Water

Genre contemporain

Edition : Denoël

Parution :  25 janvier 2016

Pages : 432

Prix : 22 € 50



Avant toute chose je tiens à remercier les éditions Denoël pour leur confiance.


Résumé :


1947. La famille Baraka vit à Beit Daras, village paisible de Palestine entouré d’oliveraies. Nazmiyeh, la fille aînée, s’occupe de leur mère, une veuve sujette à d’étranges crises de démence, tandis que son frère Mamdouh s’occupe des abeilles du village. Mariam, leur jeune sœur aux magnifiques yeux vairons, passe ses journées à écrire en compagnie de son ami imaginaire. Lorsque les troupes israéliennes se regroupent aux abords du village, Beit Daras est mis à feu et à sang, et la famille doit prendre la route, au milieu de la fumée et des cendres, pour rejoindre Gaza et tenter de se reconstruire dans l’exil. 
Seize ans plus tard, Nur, la petite-fille de Mamdouh, s’est installée aux États-Unis. Tombée amoureuse d’un médecin qui travaille en Palestine, elle décide de l’y suivre. Un voyage au cours duquel elle découvrira que les liens du sang résistent à toutes les séparations – même la mort.


Mon avis :


Il y a des livres qui nous tentent et nous font peur en même temps. Celui-ci en fait partit, son titre et sa couverture m'attiraient, alors que sa 4 e de couverture, me donnait quelques craintes, pour tout vous dire, je l'avais même mis de côté au départ, mais ma curiosité a été la plus forte, et j'ai bien fait, puisque finalement les éditions Denoël, m'offrent une fois de plus un coup de cœur.

Comme beaucoup d'entre vous, j'ai grandi, avec le conflit israélo-Palestinien en toile de fond des actualités. Mais sans vraiment m'y intéresser, trop loin, trop de questions sans réponses.

Première surprise en ouvrant ce livre, l'arbre généalogique, qui s'est avéré bien pratique au début, puisque l'auteur nous conte cette fiction à deux voix. Celle d'un narrateur neutre, et celle d'un des membres de cette nombreuse famille.


Et puis la plume, (ainsi que la traduction) de l'auteur est enchanteresse, elle nous immerge dans ce Gaza au côté de cette famille de réfugiés, qui loin de nous déverser un tollé de doléance, nous offre une magnifique leçon d'Amour, avec un grand A. La conservation de certains mots arabe, donne une musique aussi dépaysante, que la description des paysages. Je n'ai ressentit que quelques longueurs sur la fin, avec certaines répétitions, comme si l'auteur, avait du mal à quitter tout à fait ses personnages. C'était également mon cas. Nazmiyé et sa famille vont bien me manquer.
Je me suis, d'emblée, attaché à Nazmiyé, cette femme, au caractère bien trempé, à la langue bien pendue. Et plus tard à Nour.

Avec Le Bleu entre Le Ciel et La Mer, l'auteur nous offre une fresque familiale, mettant le quotidien des Palestiniens de Gaza en avant. Mais également, le sentiment de ceux qui ont émigré, la difficulté de ces enfants ni tout à fait d'un pays, ni tout à fait de l'autre. Tout en finesse et pudeur, elle nous démontre que la liberté, ne prend pas toujours le chemin que l'on croit.
C'est surtout un hymne à l'Amour : amour familial, amour de son prochain, amour de Dieu. Mais surtout L'amour de la vie. Malgré la peur, les bombardements, la vie difficile dans les camps de réfugiés.
Ce livre est une perle, que je recommande à ceux dont l'abondance de personnage ne fait pas peur.



Un petit morceau pour mettre en appétit :

De tout ce qui a disparu, les œufs kinder sont ce qui me manquent le plus. Quand les murs se sont refermés sur Gaza, et que les conversations des adultes sont devenues plus passionnées et plus tristes, j'ai mesuré la sévérité de notre siège au nombre décroissant de ces fragiles œufs en chocolat, enveloppés dans une fine feuille d’aluminium colorée, et à l'intérieur desquels incubaient de magnifiques jouets surprises. Quand finalement ils ont disparu sur les rayonnages rouillés des boutiques, qui ont renvoyé l'image de leur nudité, j'ai compris que les oeufs Kinder avaient apporté de la couleur en ce monde. En leur absence, nos vies ont pris une teinte sépia métallique, avant de virer au noir et blanc, tel que nous apparaissait le monde dans les vieux films égyptiens, à l'époque où ma téta Nazmiyé était la fille la plus rebelle de Beit Daras.


Morceaux choisis :

Les tunnels contrecarrant les plans d'Israël de nous mettre au régime, ils les bombardèrent, et de nombreuses personnes furent tuées. Nous en creusâmes d'autres, plus grands, plus profonds et plus longs. Et de nouveau, ils nous bombardèrent, et encore plus de personnes furent tuées. Mais les tunnels demeurèrent, tel un système vasculaire vivant.

Plus tard ce soir-là, alors que Nazmiyé se préparait à se coucher, elle dit à sa fille :
_ Je suis trop fatiguée pour le moment, mais demain nous parlerons de certains détails privés du mariage, dans leur aspect pratique. Je te raconterai tout ce que j'ai appris avec ton père.
_ Yemma, non ! la suplia Alwan, outrée.
_ Tu changeras d'avis quand tu seras dans les bras d'Abdelkader et que tu te diras : bon sang, mais qu'est-ce que je dois faire maintenant ?

Quand on nous ferma le ciel, la terre et la mer, nous nous réfugiâmes sous terre, tels des rongeurs, pour éviter la mort.




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