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vendredi 7 novembre 2014

Mademoiselle B



Auteurs :  Maurice Pons

Genre  contemporain


Edition :  Denoël


Année d'édition :  09 Octobre 2014, pour cette réédition



Pages : 268




Synopsis :


Hippolyte Girardot et Maurice Pons, c’est la rencontre de l’intelligence, du charme et de l’insolence discrète. Une savoureuse fantaisie à laquelle tous deux nous convient. Du village où il vit, Maurice Pons raconte les étranges rumeurs qui entourent une certaine Mademoiselle B. : une créature sans âge, toujours vêtue de blanc, qui attirerait les hommes et les pousserait au suicide. Maurice Pons, alors en mal d’écriture, se retrouve pris au cœur de l’enquête. Tout aussi méfiant que fasciné, il se passionne pour le cas de Mademoiselle B. «On frissonne, on s’émerveille du savoir-faire de l’auteur, de son aptitude à raconter le surnaturel avec naturel, le fantastique avec une trompeuse bonhomie : c’est du superbe travail de romancier.» François Nourissier.



Mon avis :





Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions DENOËL et leur représentante Célia Giglio, pour leur confiance.

Je l'ai donc lu dans le cadre d'un partenariat, et choisi pour son synopsis.




Pour une fois, elle ne m'a en rien influencé. De plus, je dirai qu'elle ne laisse rien prévoir, elle garde tout le mystère du livre. Sans cette proposition de partenariat, je serai sans doute passée complètement à côté. Cependant, je préfère nettement cette couverture à celle d'origine. Représentant une femme chauve-souris.




L'auteur s'est réfugié à la campagne, dans un petit village, il est très occupé à laisser le temps défiler. Jusqu'au jour, où, un corps en décomposition est retrouvé. La police en conclu aussitôt au suicide. Persuadé que le pauvre malheureux y a été poussé par une femme, mi-bête pour certaines, sorcières pour d'autre, sans aucun doute étrange. Mademoiselle B, qui jette son dévolu sur les hommes, et les pousses au suicide, une fois rassasiée. Mais qui est-elle vraiment ? Voilà à quoi l'auteur tentera de répondre. Ou pas.





Maurice Pons harponne le lecteur dès les premières pages. Avec une écriture fraîche, un ton badin. Emprunté à la confidence. Digne du cinéma d'Audiard :
 _ on dit dans le pays que c'est à cause d'elle que Maugendre s'est jeté à l'eau."
_ ça m'étonnerait ! Si tous les cocus se foutaient à la flotte, la rivière déborderait !

Il nous parle d'une période où les portables, n'existaient pas, où les ordinateurs et les télés n'avaient pas le monopole. Où les gens dans les villages se connaissaient tous. Où les actualités étaient relayées autour, d'un verre, ou d'un café, dans des bars. Où les rumeurs les plus folles étaient véhiculées, et prisent pour argent comptant. Car Mademoiselle B, c'est ça, une suite de commérage, qui entraîne le lecteur et le narrateur, dans une quête, mystique.






Notre narrateur qui étrangement s'appelle comme l'auteur, est un solitaire, et pour renforcer le côté autobiographie du livre, il est également écrivain. Un écrivain blasé, que tout le monde croit à la recherche de l'inspiration, alors qu'il ne l'est pas, il le dit lui-même dans sa postface, chaque livre est le dernier, il ira jusqu'à citer son premier éditeur " Ah, Cher Maurice Pons, me disait-il de sa voix douce et grave, nous faisons vraiment un curieux métier. Un métier qui consiste à acheter très cher du papier blanc, à le salir avec de l'encre, pour finalement le revendre à son poids de vieux papier !"
Mais même blasé, un écrivain reste un écrivain, et lorsqu'on lui sort une Mademoiselle B, pas vraiment jolie, qui a la particularité non seulement de se vêtir tout de blanc, jusqu'aux mains qu'elle cache soigneusement sous des gants, mais que l'on dit ensorceleuse, avec un côté mante religieuse, qui pousserait les hommes dont elle ne veut plus à se suicider, il ne lui en faut pas plus, pour éveiller ses instincts et mener son enquête.

Les personnages secondaires sont nombreux, et tous sinon caricaturés, entrevu de façon railleuse, de l'aide ménagère, qui s'assoit pour lui raconter ses furoncles, à la secrétaire de mairie, qui inscrit une naissance de mère inconnue, et, à qui, ça ne dérange absolument pas. Aux gendarmes qui viennent repêcher un noyé qu'ils remorqueront attachés à une barque tel un filet de pêche, et qu'ils laisseront croupir le temps d'un petit-déjeuner avec l'écrivain, propriétaire de la barque qu'ils auront emprunté pour se rendre sur le lieu, du suicide, car pour eux, c'est un fait avéré, c'est un suicide, tout comme les autres morts, "Eh, c'est la faute à Mademoiselle B, et pis il n'y a pas de sou, pour une enquête dans les petits commissariats".



En conclusion :


Une lecture agréable, dont les pages se tournent vite. Une enquête qui n'en est pas vraiment une. Qui n'est là "qu'un prétexte pour se perdre dans le monde du pays de Jouff, guidé par le fil de Maurice Pons." Comme le préface Hippolyte Girardot.
Des personnages attachants, un ton subtile avec une fin abrupte.


Morceaux choisis :

Je <<travaillais>> à l'époque, si l'on peut dire, chez un éditeur parisien. J'y disposais d'un grand bureau, de jeunes secrétaires, de plusieurs téléphones. J'y consumais mon temps en de vaines besognes, pour un salaire mensuel qui me coûtait une fortune. J'avais conscience de voir se diluer ma vie.


En vérité, je n'aime pas faire la course avec les trains. Ce n'est pas que je ne puisse aller plus vite qu'eux. Mais ils sont outrageusement favorisés par les pouvoirs publics. Sur toute la ligne, à tous les carrefours, ils ont priorité. Et ils en abusent.


La profession d'écrivain est de nos jours, en France, l'une des plus anarchiques qui soient. Aucune loi n'interdit à quiconque de s'asseoir devant une table et d'aligner des mots sur une feuille de papier. Mais les choses se compliquent lorsque, d'aventure, l'un de nous se met en tête de faire reproduire ses phrases en multiples exemplaires, et de les proposer à la vente publique, sous forme de volume, chez les libraires.


Tel est, dans l'esprit de ces gens, le prestige suspect de l'écrivain. Pour les magistrats, les préfets, les professeurs, tous inhibés par le carcan rigide de leurs fonctions, préoccupés par l'avancement de leur carrière et l'indice de leur traitement mensuel, vivant en dehors des lois, aux frontières de la délinquance. Et par-dessus tout, c'est un séducteur, briseur de foyers et détourneur de demoiselles !





4 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ta façon de présenter ton ressenti de lecture. Il est vrai que les personnages et le style sont assez truculents.
    J'ai moi aussi beaucoup apprécié cette lecture.

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    1. Merci Jostein. C'est vrai que c'est un très beau livre

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