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15.9.14

Enon


Auteur :  Paul Harding


Genre :  Drame, contemporain


Edition :  Le Cherche midi


Année d'édition :  21 Août 2014



Pages : 288 pages




Synopsis :


« La plupart des hommes de ma famille font de leurs épouses des veuves, et de leurs enfants des orphelins. Je suis l'exception. Ma fille unique, Kate, est morte renversée par une voiture alors qu'elle rentrait de la plage à bicyclette, un après-midi de septembre, il y a un an. Elle avait treize ans. Ma femme Susan et moi nous sommes séparés peu de temps après. »

Ainsi commence Enon, du nom de la bourgade de Nouvelle-Angleterre où Charlie Crosby, détruit par cette tragédie, va entamer une longue descente aux enfers qui le mènera aux confins de la folie. Dans un paysage de fin du monde, Charlie se débat avec les démons de la drogue et le peuple des fantômes qui ne cessent de l'assaillir : celui de sa fille, dont l'existence trop brève se reconstitue à travers le prisme de ses souvenirs chaotiques, mais aussi celui des autres morts d'Enon, endormis sous la terre du petit cimetière paroissial que hante Charlie, errant nuit et jour à la recherche de la délivrance.



Mon avis :


On est jamais sûr lorsque l'on choisit un livre, de l'aimer, parfois, on se trompe, car le résumé, ou la couverture sont trompeurs, ou bien, on hésite à ouvrir le livre, car on ne sait pas pourquoi, mais il ne nous inspire pas plus que ça. À tort ou à raison, car parfois, on tombe sur de vraies petites pépites.
Ici comme toujours, c'est la couverture qui me l'a fait choisir, mais aussi parce qu'il me fait sortir de ma zone de confort, et j'aime ça.

Au premier regard, on s'attend surtout à un livre policier, avec le choix de ces couleurs, ce n'est pas le cas. Mais cela n'empêche pas que je la trouve vraiment très belle.

Le jour où Charlie Crosby perd sa fille, il perd tout. Sa femme, sa dignité, son amour-propre, ses rêves, son goût pour la vie...

Ouf, voilà le mot, le soupir que j'ai prononcé en refermant ce livre. Le plus sombre que j'ai lu pour le moment de cette rentrée littéraire. Mais également un des plus beau, et des plus poignant. Passé à un rien du coup de cœur.

En tant que maman, je n'ai eu aucun mal à m'identifier à Charlie, je ne peux concevoir la douleur que doit ressentir un parent dont l'enfant meurt brutalement dans un accident.

De plus, la plume de Paul Harding est ainsi faite qu'elle nous prend aux tripes, les mots sont d'une justesse affligeante. On ne lit pas le mal-être du héros, on le ressent au plus profond de nous. J'ai eu plus d'une fois, une boule qui c'est formée dans ma gorge, lors de certains passages, et même lorsque je refermais le livre, il continuait à me hanter.

Cependant, j'ai parfois pensé que Charlie en faisait des tonnes. Il se complaît dans son chagrin et ne cherche pas à s'en sortir, au contraire, il s'en enveloppe. On a envie de le secouer, de le forcer à réagir. On le voit sombrer de plus en plus, la douleur morale s'accordant sans crier gare à la douleur physique, puis se substituant à cette dernière, dont l'hébétude médicamenteuse et l'alcool ne joueront que le rôle de leurre et l’entraîneront toujours plus loin, dans la folie, et le chagrin.


En conclusion :


C'est un roman, poignant et touchant, qui s'il n'avait pas eu quelques longueurs, surtout vers la fin, au moment des délires de Charlie aurait été un coup de cœur, mais à un moment, le héros, ne m'a plus touché, et m'a agacé.
Paul Harding nous démontre ici, combien la complicité et l'amour inconditionnel peuvent être à la fois beaux et destructeurs.


Morceaux choisis :

C'est la première image que je me rappelle avoir vue au moment précis où je me disais : J'avais une fille et elle est morte.

En la voyant qui avançait droit vers nous dans la neige, nous étions persuadés qu'elle venait nous réprimander. En bons enfants d'Enon que nous étions, il ne nous vint à l'idée, ni à l'un ni à l'autre, de nous enfuir en courant. Nous étions plus qu'habitués à nous faire réprimander par les vieilles dames. Mrs. Hale était une toute petite femme, à peine plus d'1 m 50, et sèche comme un coup de trique. Arrivée à quelque mètres de nous, elle nous lança : << Vous faites de la luge comme des filles.>>

J'étais embarrassé, non pas tant par le fait que je n'étais pas dans une forme olympique et que j'avais l'air d'un parfait abruti en tennis et en short, mais par la colère inexplicable qui s'était emparée de moi. Je m'étais préparé depuis longtemps au jour où Kate, tout à coup, ne ressemblerait plus à une petite fille mais à une jeune femme, ou à quelqu'un que je ne reconnaîtrais pas. Je n'étais pas précisément stupéfait qu'elle pût courir plus vite que moi ou qu'elle voulût courir seule ; ce qui me contrariait, c'était que cela se fût produit si soudainement, me prenant par surprise alors que je croyais m'y être préparé depuis longtemps.

Certains de mes ongles étaient longs et crasseux. Je m'étais rongé les autres et avais recraché les rognures sur le tapis. Je me suis rendu compte que je devais ressembler à une épave. Je ne m'étais pas lavé depuis longtemps. J'ai essayé de déterminer depuis combien de temps exactement ; je n'y suis pas arrivé. Sans doute cinq semaines, ai-je estimé au hasard. 

Je ressemblais au genre de créature que j'aurais pu m'attendre à trouver allongée sur un banc, dans un parc, sous une couverture de papier journal, assommée par une bouteille de piquette. Au moment où cette comparaison m'est venue à l'esprit, j'ai eu pitié pour le pauvre hère que je mettais ainsi dans le même sac que moi.





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