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Attention tout les livres jeunesse à partir de Matilda, vous renvois sur mon blog spécial jeunesse, afin que vous puissiez y lire mon avis.

21.4.14

Certaines n'avaient jamais vu la mer





Auteure : Julie Otsuka

Genre : Contemporain

Editeur : 10/18

Année d'édition : 19 septembre 2013

Pages : 139



Synopsis :




Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l'Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration. 
C'est après une éprouvante traversée de l'Océan pacifique qu'elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. 
À la façon d'un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs… Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre et l'internement dans les camps de rétention - l'État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. 
Bientôt, l'oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n'avaient jamais existé.




Mon avis :



Pour une fois, ce n'est pas une tentation de la blogosphère qui m'a fait ouvrir ce livre. Mais les médias. J'étais également intriguée par le fait qu'il est reçu le prix Fémina étranger de 2012, alors que justement, je ne le croisais nul part. Le challenge ABC de la littérature m'a permis de le lire, et de trouver ma lettre en O.


Un mot sur la couverture, les couleurs attirent l'œil, mais la Japonaise qui y est représentée est également de par sa position et son expression tout un mystère.


Je ne regrette pas d'avoir voulu percer le mystère de ces femmes japonaises, qui ont pour la plupart été vendues, par leur famille à de sois disant riches japonais américain. D'avoir côtoyé leur espoir, leur désillusion, et leur humiliation.


Au premier abord, le style de Julie Otsuka surprend, car elle prête sa voix à ses femmes, non pas à travers une héroïne en particulier, mais à travers plusieurs dizaines. Combien exactement, nous ne le serons pas. Il ne s'agit pas ici d'établir des listes, mais de relater ce qui est advenu de ces femmes, qui, un jour ont quitté le Japon avec l'espoir d'une vie meilleure.
Pour ce cela, elle parle à la première personne du pluriel, et ouvre les champs des possibles.
L'image qui m'est venue à la lecture de cet ouvrage, c'est le sentiment d'une confidence, comme si une seule de ces femmes s'était assise un après-midi autour d'un thé, et nous avait racontés ce qui leur était arrivé.
C'est un livre poignant qui par son style de narration oscille entre poème et négro spiritual.

Les personnages y sont nombreux, sans pour autant, être détaillés ni  nommés, sauf sur la fin de l'ouvrage, on croise souvent des évocations de patronymes : FumikoMasayoMiyoshiSatsuyoTsugino, etc. 


Une partie de ces femmes, était volontaire, pour que l'argent puisse servir à leur famille, une autre partie, ont été vendu par ces mêmes familles, comme la plus jeune qui n'avait que 12 ans, d'autres encore parce qu'elles étaient trop vielles pour trouver un mari convenable au Japon, ou bien encore parce qu'elles avaient fauté, et que plus un homme ne voudrait d'elle à présent.
Elles ont quittés leur Patrie pour rejoindre leur futur époux, avec une photo de ces derniers dans leurs bagages, ils devaient être banquiers, coiffeurs, tailleurs. Alors des rêves, et des espoirs pleins la tête, elles se sont embarquées pour ce pays, où les femmes sont libres, où ses dernières n'ont pas besoin de suivre leur époux, 3 pas derrières.
Mais la désillusion à l'arrivée sera à la hauteur de leur espérance.
Parfois même pire que leur cauchemars le long de la traversée.



En conclusion :


Ce livre pas plus volumineux qu'une nouvelle, est une très, très belle découverte, qui n'est passée qu'à un rien du coup de cœur, souvent dans ces cas-là, je dis qu'il me manquait quelque chose, là, c'est l'inverse, je n'ai pas aimé la fin, trop facile comme conclusion, personnellement, j'ai trouvé ce changement de ton, bien mal à propos, même si je ne doute pas un seul instant que ce soit la vérité. Pour ma part, c'est la partie en trop.





Morceaux choisis :


C'est rare que cela m'arrive mais, j'ai relevé pas moins d'une dizaine de passage, alors pas facile, de n'en garder que quatre.


(...) Celles qui venaient d'Hiroshima, où la bombe exploserait, avaient de la chance d'être sur ce bateau, bien qu'à l'époque nul n'en sût rien. La plus jeune d'entre nous n'avait que douze ans et n'avait pas encore ses règles.
Mes parents m'ont mariés pour avoir l'argent de la dot. La plus âgée, trente-sept ans, était de Niigata et avait passé sa vie à s'occuper de son père, un invalide dont la mort récente la rendait à la fois heureuse et triste. Je savais que je ne pourrais me marier que s'il mourait. (...)


Cette nuit-là, nos maris nous ont prises à la hâte. ils nous ont prises dans le calme. Avec douceur et fermeté, sans dire un mot. Persuadés que nous étions vierges, comme l'avait promis la marieuse, ils nous ont traitées avec les plus grands égards. Dis-mois si ça fait mal. Ils nous ont prises par terre, sur le sol nu du Minute Motel. En ville, dans les chambres de second ordre du Kumamoto Inn. Dans les meilleurs hôtel de San Francisco où un homme jaune était autorisé à pénétrer à l'époque. Au Kinokuniya Hôtel. Au Mikado. A l'hôtel Ogawa. Nous leur appartenions et ils supposaient que nous ferions tout ce qu'ils nous demanderaient. S'il te plaît, tourne toi vers le mur et mets-toi à quatre pattes. Ils nous ont prises par le coude en disant tranquillement : << Le moment est venu.>>


(...) Car si nos maris nous avaient dit la vérité dans leur lettre - qu'ils n'étaient pas négociants en soieries mais cueillaient des fruits, qu'ils ne vivaient pas dans de vastes demeures aux pièces nombreuses mais dans des tentes, des granges, voire des champs, à la belle étoile- jamais nous ne serions venues en Amérique accomplir une besogne qu'aucun Américain qui se respecte n'eût acceptée.


Nous avons accouché sous un chêne, l'été, par quarante-cinq degrés. Nous avons accouché près d'un poêle à bois dans la pièces unique de notre cabane par la nuit la plus froide de l'année. (...) Nous avons accouché dans des campements poussiéreux, parmi les vignes, à Elk Grove et Florin. Nous avons accouché dans des fermes reculées d'Imperial Valley, avec la seule aide de nos maris, qui avaient tout appris dans Le Compagnons de la ménagère.





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