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30.3.14

Baguettes chinoises



Auteure : Xinran

Genre : contemporain

Editeur : Philippe Pickier 

Année d'édition :  2008 

Pages : 341



Synopsis :



Les filles comptent tellement pour des prunes en Chine que certaines familles leur donnent des chiffres pour prénoms. Trois, Cinq et Six sont sœurs et décident de renverser leur bien triste sort en partant pour Nankin, mégalopole tentaculaire et moderne. Arriveront-elles à modifier la vision du monde de leur père ? Troisième roman de Xinran qui se place dans la filiation de Pearl Buck, et nous emporte dans une Chine surprenante grâce à une écriture empreinte de simplicité et de vivacité.





Mon avis :



C'est un ouvrage profond que nous propose Xiran, aussi profond que le regard de la jeune fille illustrant la couverture. Ce livre a croisé mon chemin pour la première fois, l'année dernière lors d'un détour par les rayons de la médiathèque. Je le notais dans un coin, eh oui, à cause de la lettre X, toujours utile lors des challenges ABC. Et puis autant le dire, j'étais curieuse, j'ai eu ma période Pearl Buck, et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un ouvrage, traitant de la Chine.

Dans son prologue l'auteure nous dévoile, comment l'idée d'écrire ce livre lui est venue, fort bien, elle nous y apprend, également, que ses personnages, bien que fictifs dans le sens d'une fratrie, sont toutefois tirés de fait réel, tant mieux, mais c'est également là que tout se complique.

Est-ce la peur, de ne pas être lue correctement, en cela, j'entends que le lecteur passe le prologue, (bien sûr, j'en connais qui le fond). Toute fois est-il que le début est un vrai capharnaüm, Xiran y pèche par excès de zèle. Elle donne l'impression de s'embrouiller elle-même, entre le fictif, et le réel.

Puis fort heureusement, après un peu plus d'un tiers l'écriture devient tout autre, l'auteure semble, comme le lecteur,  d'ailleurs, se faire happer par les personnages. Et le livre devient un vrai plaisir. 


Nos trois sœurs ont des caractères bien distincts les uns des autres, il y a Trois, débrouillarde et un peu artiste, mais quelque peu crédule. Il y a sa cadette Cinq, ma préférée, au premier abord la moins dégourdie, presque simplette, mais d'un courage, et d'une soif de comprendre et de bien faire, véritablement méritante. Et enfin la plus jeune six, l'érudite de la famille.

Vous allez me dire que leurs prénoms sont bien étranges, car oui, TroisCinq, et Six sont bien leur prénom. Enfin dans l'épilogue, Xiran nous apprendra qu'en fait, une seule de ses trois héroïnes portait réellement un chiffre comme prénom. Je vous laisse découvrir laquelle. Donc si nos protagonistes porte de si curieux prénoms, c'est qu'en Chine, les mentalités n'ont pas évoluées, attention, je ne juge pas, je constate, rappelons que nous sommes au début des années 2000 ! Et qu'y être une femme, surtout, et avant tout, dans les campagnes, c'est être à coup sûr une tare...

Bien qu'issue d'une famille respectable, le père des jeunes filles, est montré du doigt, car il n'a pas su engendrer de fils, mais là encore la faute incombe plus à la femme qui ne sait pas mettre au monde "des poutres". Car oui, les garçons sont les piliers et les filles des baguettes, jetables et utilisables, sans intérêt. Terme que reprend le titre de l'ouvrage. Donc puisque ces dernières sont sans intérêt, pourquoi se fatiguer à leur donner un joli nom, et voilà comment nos héroïnes et d'autres filles de ce pays se voient attifés de la sorte.

Bon, il faut être juste et reconnaître que si Xiran met le doigt là où ça fait mal, elle sait aussi, expliquer que les mentalités commencent à changer, surtout dans les villes. Ce qui engendre dans un même pays, une différence culturelle de presque un siècle ! Je n'exagère qu'à peine, "les Chinois des villes et les Chinois des champs" sont diamétralement opposés, comme le jour et la nuit. Dans les villes, le progrès est là, ordinateur, téléphone portable, écoles. À la campagne, ils ne reçoivent des nouvelles de leurs proches, habitant les villages voisins, que lors de la venue de ces derniers, ou de toutes personnes les connaissant et pouvant ainsi leur dire comment vont les autres membres de la famille.
À la campagne, les habitants sont bien trop pauvres pour avoir l'argent nécessaire à la scolarité des enfants, alors si vous êtes née filles...

Une fois les trois sœurs en ville, le livre prend son envol, l'auteure passe de l'une à l'autre, on les voit évoluer, les anecdotes se multiplie. Le style y est plus fluide, les dialogues simple et court, et on a qu'une envie, c'est de savoir comment tout cela va se terminer, comment elle vont s'intégrer, autant dire qu'on ne le lâche plus.

Personnellement, j'ai beaucoup apprécié que Xiran, nous en dévoile plus, dans l'épilogue, et qu'elle nous donne des nouvelles de nos héroïnes. À vous de découvrir si elles ont su s'intégrer ou non en ville.



En conclusion :


Après un début laborieux, c'est un texte vraiment plaisant que nous donne Xiran, une vue juste des deux facettes de son pays, et les personnages ainsi que les histoires qu'elle a choisi de nous révéler, s'ils étonneront ou choqueront les Européens que nous sommes, donneront certainement du courage aux autres femmes chinoises, ou tout autre dans la même situation.



Morceaux choisis :



voici les extraits que j'ai relevé, le premier à une importance biens particulière car il détermine le choix de l'enseigne du restaurant où travaillera Trois.
La seconde est la plus anecdotique, et la troisième sans doute la plus importante.


Quoi qu'on fasse, il ne faut jamais s'estimer au-dessus des autres, il vaut mieux se persuader qu'ils sont tous beaucoup plus intelligents que soi, car il n'y a pas plus heureux qu'un imbécile.Inutile de courir après l'argent et de se ruiner la santé car l'injustice est partout dans le monde.

Ainsi, la première fois qu'elle était allée aux toilettes chez ses patrons, Trois s'était trouvée dans le plus grand dilemme face à un siège dont elle ignorait l'usage, quand chez elle un simple trou à ras du sol permettait de s'exonérer. Dans l'urgence, elle avait fini par sauter à pieds joints sur le siège pour s'y accroupir. La chose faite, la chasse d'eau posa une autre énigme que toute sa réflexion ne put résoudre. Elle referma la porte et retourna avec Wang Tong au restaurant, sans souffler mot. Le soir, à son retour à la maison, le couple fut saisi par l'odeur nauséabonde qui avait envahi les lieux. (...)


Serait-il possible que nos baguettes soient désormais capables de soutenir notre toit ?





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