Mes dernières chroniques




dimanche 22 décembre 2013

Regarde, nos chemins se sont fermés






Auteur : Françoise Xenakis

Genre : Autobiographie

Editeur : Albin Michel

Année d'édition : avril 2002




Synopsis :



Un jour d'été, l'époux, l'ami depuis plus de cinquante ans, se perd et ne
retrouve plus la sente qu'il a tracée dans les montagnes de Corse. C'est le
début, à  travers la maladie, d'un isolement et d'un silence qui l'excluent peu à peu de toute vie. La femme raconte ses appels de nuit chez les pompiers, le service d'urgence de l'hôpital où les médecins le soignent du mieux qu'ils
savent et où errent entre les brancards des grands malades, les excités, les
clochards, les rejetés de partout.

Au long de ce récit si pudique et si sincère, Françoise Xenakis exprime une infinie tendresse, une immense compassion pour tous ces meurtris. Grâce à  ses mots -aigus et son humour inébranlable, on rit, on s'énerve, on est outré, attendri, bouleversé.
Un chant d'amour offert à  l'homme malade, mais aussi à  ces médecins et infirmiers qui, dans le ventre de cet hôpital hors d'âge, s'usent, jours après
nuits, à  sauver le patient qui souffre, à  sourire à  un trop perdu ...




Mon avis :  


Avec ce livre Françoise Xénakis achève la série de livre consacrée à son mari.
Elle y décrit sa lente dégradation, cet artiste, compositeur émérite, que la maladie détruit à petit feu. Elle, l'épouse, l'amie, nous livre tout son amour dans ce court ouvrage.

Derrière cette phrase "Il m'a faite, il m'a tout donné", on ressent la profondeur de son amour et de son admiration, pour cet homme, qui fût son mari, son ami, et son amant.

Jamais elle ne se résoudra à "le laisser quelque part" comme le conseil son entourage, même si sa propre vie se résume à de longues séries d'appels au 18. Elle ira jusqu'au bout, à ses côtés. Et par la force des choses , les lieux et les gens lui deviendront familiers. Le personnel soignant bien évidemment, mais également les autres habitués des urgences.

C'est une magnifique ode à la vie, à l'amour ainsi qu'une ovation pour tous ces hommes et ces femmes "en blanc" qui se dévouent jour et nuit, et qui n'obtiennent bien souvent aucune reconnaissance voire même du mépris. Que nous conte là Françoise Xenakis. Elle n'oublie pas dans cet hommage les pompiers.

Le texte est vraiment agréable, à travers les mots on l'imagine derrière son bureau laissant affluer les souvenirs, dans l'éternelle salle d'attente, prenant des notes. Il est parfois décousu comme si les souvenirs se bousculaient sans qu'elles puissent en maîtriser le flot. Alors quand ce dernier se fait trop lourd, elle glisse de si delà quelques bribes de ses autres romans, ceux qui racontent leur vie, d'avant la maladie.


En conclusion :  


Je suis tombée sur ce livre, par hasard alors que je cherchais un autre ouvrage du même auteure, et je ne regrette absolument pas ma lecture. Si j'y ai décelé une ou deux longueurs ce n'est que celles, provoquées par celles, de ce mal cruel dont était atteint, Iannis Xenakis.


 

Morceaux choisis : 

 

 

- Tu sais, le désir, aussi fort soit-il, ne dure pas toujours. Après, après il faudra que je t'admire, que tu existes, que je sois fier de toi autrement et alors je t'aimerai mieux, plus fort, bientôt ce ne sera plus assez que ta peau me bouleverse.

Désormais, je suis devenue une mécanique rieuse et je fais rire les médecins, surpris d'abord, très vite beaucoup l'acceptent. Il n'y en eut qu'un à s'étonner, choqué, le rituel n'était pas respecté! Je ne le regardais pas comme le docteur, l'Herr Professor déifié dont on attend un mot, un seul, lui le détenteur de vie, il faisait partie de ceux qui aimaient que l'on murmure, yeux baissés, sa supplique, nous les manants ignares et faibles devant lui.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire