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dimanche 29 décembre 2013

La trilogie des Eygletières

Couverture Les Eygletière, tome 1 : Les Eygletière Editions J'ai Lu 1975Couverture Les Eygletière, tome 2 : La Faim des lionceaux Editions J'ai Lu 1975Couverture Les Eygletière, tome 3 : La Malandre Editions J'ai Lu 1973


Auteur : Henri Troyat

Genre : contemporain

Editeur : J'ai lu

Année d'édition :  1975 pour cette édition

Pages : 1004 (dans son intégralité)




Synopsis :



Un appartement, vaste et cossu, en plein coeur de Paris : tentures de soie, meubles Louis XV, deux domestiques. Philippe' Eygletière, avocat d'affaires, divorcé et remarié avec une femme ravissante, qui n'a que dix ans de plus que l'aîné de ses fils. Trois grands enfants qui font leurs études.
Leur tante Madeleine, antiquaire en Normandie, qui étouffe d'amour pour eux et accourt dès qu'ils l'appellent à l'aide.
Tout cela semble respectable, solide, rassurant.
Mais le regard du romancier perce les murs comme des parois de verre. Sous les apparences banales, il découvre les fissures d'un ordre social égoïste qui ne survit que par l'hypocrisie et le compromis, le drame des jeunes auquel répond le désarroi des aînés, la violence des passions qui feront voler en éclats les tabous de l morale bourgeoise.




Mon avis :



J'ai découvert Henri Troyat lors de mes lectures d'adolescente, avec la saga "La lumière des justes". La trilogie des Eygletière était une relecture, je me souvenais d'avoir aimé cette série à l'époque. La question qui se pose ici, est : " trente ans plus tard, est-ce que j'ai apprécié autant cette lecture ? "
La réponse est oui. Bon d'accord ce n'est pas un coup de cœur. Les fidèles le savent, j'aime la plume d'Henri Troyat, simple et fluide. Il prend le temps de la description, avec un, je ne sais quoi, qui fait que malgré tout, on ne lâche pas le livre. Car au moment précis où l'overdose de détail, de longueur pourrait se faire sentir, il arrive à glisser une étincelle qui vous réveille et vous donne envie de lire, encore et encore. Si bien que les 3 tomes s'enchaînent sans même sans rendre compte.

Henri Troyat aime les sagas familiales, ici, il nous propose une famille bourgeoise des années soixante, bien sous tous rapports. Enfin en apparence. Car l'auteur aime disséquer les comportements de ses contemporains, et il s'en donne une fois de plus à cœur joie.

Philippe d'Egletière est le père, divorcé, (aïe pour l'époque, ça commence bien), avocat, lorsque sa femme est parti, elle lui a laissé la garde de ses enfants, trop égoïste pour se rendre compte de la chance qu'il avait, il donne leur éducation à sa sœur, Madeleine, lorsque l'envie lui prend quelques années plus tard de se remarier il n'hésitera pas à congédier, "Madou". Il n'est pas seulement égoïste, bourré d'orgueil et de préjugé ; il porte également des œillères, ne s'intéressant que superficiellement aux membres de sa famille, donc il ne voit pas venir tous les drames, qui couvent. À peine est-il remarié à Carole, qui n'a que dix ans de plus que son fils aîné, qu'il s'en lasse. "Elle ne l'amusait plus, mais au moins avait-elle la peau douce." Il n'hésitera pas à la tromper.

Jean-Marc est le fils aîné, c'est un jeune homme apathique, qui suivra le chemin que son père trace pour lui, a une exception près, (ou deux, mais je ne peux pas tout dire non plus) son aversion pour la jeune épouse de ce dernier, se tournera en désir, et il l'a prendra comme maîtresse, il apparaît souvent comme la victime de cette trilogie. Autant manipulé par le père que par la belle-mère.
Françoise la cadette, qui était la plus sage, la plus réfléchie des trois, après un suicide raté, succombera au charme de son professeur de Russe son aîné de quinze ans.
Et puis il y a mon préféré, Daniel, le joyeux Daniel, qui ne rêve que d'aventures africaines, et qui se révélera, au final, bien trop responsable en se mariant à dix-neuf ans, et deviendra père de famille.

Heureusement que les trois enfants ont "Madou", leur brave tante, qui saura trouver les mots et les solutions, pour réconforter tout ce petit monde.

Une fois de plus Henri Troyat n'épargnera aucun de ses personnages, et page après page, on s'en venir le drame, et celui-ci arrivera bel et bien pour clore cette trilogie qui nous laisse éberluer.


En conclusion :



Ce n'est pas ma saga préférée d'Henri Troyat, mais c'est une lecture vraiment passionnante. Détail troublant, je me souvenais beaucoup plus du second tome, qui reste des années plus tard, après cette relecture, mon tome préféré, le premier plantant le "décor", et le troisième sans aucun doute le plus sombre.




Morceaux Choisis :


Sans tourner les yeux, il devinait, à sa droite,Carole, à demi morte d'inquiétude, et derrière lui, son père furieux, qui serrait les dents. Exactement ce qu'il souhaitait. la fuite éperdue des arbres levant les bras au ciel, le dévidement monotone et idiot de la route, le fouettement du vent sur les tôles; la petite peur nauséeuse, comme un bonbon amer au fond de la bouche. Cent trente, cent quarante, cent soixante... Tout à coup, une voix tranquille dans son dos:
-As-tu fini de faire le con, Jean-Marc?


Elle prit les fennecs sur ses genoux. Immédiatement, ils cachèrent la tête sous son bras. Deux boules de chaleur, impondérables, palpitantes. Ils sentaient le fauve. Une odeur âcre, sauvage. Ils avaient amusé Daniel, un moment. Puis, ne sachant qu'en faire, il s'en était débarrassé. Sans doute n'y pensait-il plus. Des laissés pour compte. Les deux fennecs tremblaient déjà moins. Rêvaient-ils à leur désert perdu? Elle les caressait machinalement et regardait cette pièce aux meubles bien rangés, son désert à elle.


- Tu t'en vas déjà? demanda Jean-Marc.
- Que veux-tu que je fasse ici?
- Je ne sais pas... comme les autres...
- Je ne suis pas comme les autres, dit Gilbert en plongeant un regard intransigeant dans les prunelles de Jean-Marc.



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